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Jean-Bernard Pouy




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Jean-Bernard Pouy est l’auteur d’une soixantaine de romans noirs. Créateur du personnage et de la collection "Le Poulpe", il est une figure incontesté du roman noir français contemporain. Il a également publié de nombreuses poésies, des pièces de théâtre, des essais, écrits des scénarios de BD. Ses ouvrages sont des témoignages de notre époque, socialement et politiquement engagés.

Interview pour la revue "Sortir du nucléaire" n°49, par Jocelyn Peyret :

Depuis vos débuts, comment voyez-vous l’évolution du polar ?

Ça part dans tous les sens ! À la fin des années 80 nous avons profité de l’appellation "nouvelle école française" à la suite d’auteurs comme Manchette. Nous étions un groupe d’opposants gauchistes, post-68. Nous avions fait admettre le polar et revendiquions cette littérature populaire.

Dans les années 2000 cette cohésion à disparu. Ce n’est plus la même génération, elle est moins engagée. C’est plutôt la mode du roman policier et les motifs sont rarement politiques. Le roman noir est plutôt un lieu de critique social et rares sont les auteurs de romans policiers à en être.

Le polar aurait été, comme certains styles musicaux militants, victime de son succès et vidé de sa substance ?

Le polar c’est un peu comme le rock : noyé sous des modes populaires mais connaissant toujours des périodes où il renaît de manière brutale. Mais actuellement ce serait plutôt un rendu FM que punk ! C’est un peu comme quand on lit le journal, tout est terrifiant. Au vu de ce qui se passe dans le monde il n’y a aucune raison de se réjouir mais on laisse couler. On témoigne, mais on ne s’engage pas.

Peu de polars abordent la question du nucléaire. Est-ce un sujet qui n’inspire pas ?

Il s’agit d’une question complexe. C’est un monde opaque, il est difficile d’avancer des arguments suffisamment pointus pour une histoire. Les informations sur la fabrication, le devenir, le danger sont par contre suffisamment accessibles pour construire un récit. Il s’agit de proposer un autre style de société, parler de décroissance et d’autres manières de produire.

C’est un sujet très lourd à porter. Les auteurs sont contents d’allumer leur ordinateur "nucléaire" et ne savent pas comment aborder le sujet. Il semble difficile de sortir du nucléaire, mais il reste important de parler d’un autre type de société. Et les auteurs ont du mal car il faut alors adopter un discours un peu utopiste.

Vous ne cessez de varier vos sujets avec cependant deux constantes, être témoin de votre temps et vous amuser. L’écriture doit-elle rester un plaisir et une militance ?

À la fin des années 80 je passais pour le déconneur de la bande, considéré comme quelqu’un à l’humour noir. Le roman noir est une critique sociale, mais je ne suis pas un enquêteur, un investigateur, je cherche à travailler autrement, légèrement décalé. Surprendre et faire rire serait un peu ma ligne d’écriture. Lorsque j’écris sans humour, mes lecteurs se demandent si je suis déprimé, si j’ai un cancer !

Tous mes ennuis viennent du fait que je suis un défenseur de la littérature populaire. Le reste m’emmerde. Par populaire j’entends des romans qui puissent être lus et compris par le plus grand nombre.

Voyez-vous la culture comme la dernière possibilité d’engagement politique ?

Non. Un roman peut faire son effet, mais ça ne vaut pas une bonne grève générale, une manifestation ou une attaque de wagons de chemins de fer ! Le roman ne se substitue pas à la lutte, et heureusement. Aujourd’hui, la plupart des auteurs de roman noir ne vivent pas de leur plume. Ils ont d’autres boulots qui les font vivre. Ils sont dans le concret. D’autres comme moi ne vivent que de ça, et j’essaie donc de m’impliquer dans des associations.

Quelles sont donc ces militances ?

En tant qu’ancien de l’Éducation nationale, je m’engage contre l’illettrisme, à Madagascar et en Afrique. Également sensible au milieu carcéral, et longtemps au DAL (Association Droit au Logement). Je ne m’engage pas sur les questions de droits d’auteurs. J’ai du mal à protéger une profession comme celle d’écrivain car je pense que ce n’en est pas une.

Je suis militant libertaire, membre de la Fédération anarchiste dont je me fais exclure tous les six mois car je dis publiquement que je déteste Léo Ferré ! Je m’implique plutôt dans des actions courtes, en réaction à des exactions. J’aimerais bien m’impliquer plus dans des mouvements sur la décroissance. La sortie du nucléaire en dépendant.

Jean-Bernard Pouy est l’auteur d’une soixantaine de romans noirs. Créateur du personnage et de la collection "Le Poulpe", il est une figure incontesté du roman noir français contemporain. Il a également publié de nombreuses poésies, des pièces de théâtre, des essais, écrits des scénarios de BD. Ses ouvrages sont des témoignages de notre époque, socialement et politiquement engagés.

Interview pour la revue "Sortir du nucléaire" n°49, par Jocelyn Peyret :

Depuis vos débuts, comment voyez-vous l’évolution du polar ?

Ça part dans tous les sens ! À la fin des années 80 nous avons profité de l’appellation "nouvelle école française" à la suite d’auteurs comme Manchette. Nous étions un groupe d’opposants gauchistes, post-68. Nous avions fait admettre le polar et revendiquions cette littérature populaire.

Dans les années 2000 cette cohésion à disparu. Ce n’est plus la même génération, elle est moins engagée. C’est plutôt la mode du roman policier et les motifs sont rarement politiques. Le roman noir est plutôt un lieu de critique social et rares sont les auteurs de romans policiers à en être.

Le polar aurait été, comme certains styles musicaux militants, victime de son succès et vidé de sa substance ?

Le polar c’est un peu comme le rock : noyé sous des modes populaires mais connaissant toujours des périodes où il renaît de manière brutale. Mais actuellement ce serait plutôt un rendu FM que punk ! C’est un peu comme quand on lit le journal, tout est terrifiant. Au vu de ce qui se passe dans le monde il n’y a aucune raison de se réjouir mais on laisse couler. On témoigne, mais on ne s’engage pas.

Peu de polars abordent la question du nucléaire. Est-ce un sujet qui n’inspire pas ?

Il s’agit d’une question complexe. C’est un monde opaque, il est difficile d’avancer des arguments suffisamment pointus pour une histoire. Les informations sur la fabrication, le devenir, le danger sont par contre suffisamment accessibles pour construire un récit. Il s’agit de proposer un autre style de société, parler de décroissance et d’autres manières de produire.

C’est un sujet très lourd à porter. Les auteurs sont contents d’allumer leur ordinateur "nucléaire" et ne savent pas comment aborder le sujet. Il semble difficile de sortir du nucléaire, mais il reste important de parler d’un autre type de société. Et les auteurs ont du mal car il faut alors adopter un discours un peu utopiste.

Vous ne cessez de varier vos sujets avec cependant deux constantes, être témoin de votre temps et vous amuser. L’écriture doit-elle rester un plaisir et une militance ?

À la fin des années 80 je passais pour le déconneur de la bande, considéré comme quelqu’un à l’humour noir. Le roman noir est une critique sociale, mais je ne suis pas un enquêteur, un investigateur, je cherche à travailler autrement, légèrement décalé. Surprendre et faire rire serait un peu ma ligne d’écriture. Lorsque j’écris sans humour, mes lecteurs se demandent si je suis déprimé, si j’ai un cancer !

Tous mes ennuis viennent du fait que je suis un défenseur de la littérature populaire. Le reste m’emmerde. Par populaire j’entends des romans qui puissent être lus et compris par le plus grand nombre.

Voyez-vous la culture comme la dernière possibilité d’engagement politique ?

Non. Un roman peut faire son effet, mais ça ne vaut pas une bonne grève générale, une manifestation ou une attaque de wagons de chemins de fer ! Le roman ne se substitue pas à la lutte, et heureusement. Aujourd’hui, la plupart des auteurs de roman noir ne vivent pas de leur plume. Ils ont d’autres boulots qui les font vivre. Ils sont dans le concret. D’autres comme moi ne vivent que de ça, et j’essaie donc de m’impliquer dans des associations.

Quelles sont donc ces militances ?

En tant qu’ancien de l’Éducation nationale, je m’engage contre l’illettrisme, à Madagascar et en Afrique. Également sensible au milieu carcéral, et longtemps au DAL (Association Droit au Logement). Je ne m’engage pas sur les questions de droits d’auteurs. J’ai du mal à protéger une profession comme celle d’écrivain car je pense que ce n’en est pas une.

Je suis militant libertaire, membre de la Fédération anarchiste dont je me fais exclure tous les six mois car je dis publiquement que je déteste Léo Ferré ! Je m’implique plutôt dans des actions courtes, en réaction à des exactions. J’aimerais bien m’impliquer plus dans des mouvements sur la décroissance. La sortie du nucléaire en dépendant.