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Revue de presse

Juin 2017 / Le Parisien

Cuve de l’EPR de Flamanville : « Il faudra croiser les doigts »



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Propos recueillis par Frédéric Mouchon|27 juin 2017, 18h15

Le site de l'EPR de Flamanville, le 16 novembre 2016

(AFP/CHARLY TRIBALLEAU)

 
Propos recueillis par Frédéric Mouchon

 

Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, fait part de son inquiétude à propos du couvercle de la cuve du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche).

Un groupe d'experts nucléaires doit donner ces prochaines heures son avis sur les défauts constatés au niveau de la cuve et du couvercle du futur réacteur EPR de Flamanville (Manche). Une décision cruciale pour l'avenir de cette centrale de nouvelle génération, censée démarrer fin 2018. Le projet a pris des années de retard et coûtera plus de 10 milliards d'euros, soit trois fois plus cher que prévu. A travers ce projet, c'est aussi l'avenir d'Areva et d'EDF qui sont en jeu. Mais pour le réseau Sortir du nucléaire, la sûreté de l'EPR n'est pas garantie.

 

Un rapport de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pointe un problème de fiabilité au niveau du couvercle du futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville. Est-ce inquiétant ?


Charlotte Mijeon. La cuve du réacteur, censée présenter toutes les garanties possibles pour exclure le risque de rupture, ne remplit pas les critères initialement requis en termes de résistance. L'autorité de sûreté nucléaire (ASN) propose des contrôles réguliers pour compenser ce défaut de qualité. Or, ces contrôles pourraient difficilement être effectués sur le couvercle. Le rapport estime donc que son utilisation, à défaut de ces contrôles, ne saurait être envisagée au-delà de quelques années. EDF aurait d'ailleurs déjà commandé un nouveau couvercle et profiterait du changement de combustible nucléaire en 2021 pour remplacer le couvercle actuel. Mais pour nous, il n'est pas acceptable de considérer cet élément de sûreté majeur de l'EPR comme bon pour le service.

 

 

Si le couvercle est finalement changé, la sûreté sera-t-elle assurée ?


Cela signifie dans tous les cas que pendant les quelques années d'utilisation de ce couvercle défectueux, il faudra croiser les doigts. La qualité de conception de ces éléments n'est pas au rendez-vous. Or, la cuve et son couvercle sont des pièces majeures dans une centrale car c'est à l'intérieur que se font les réactions nucléaires. S'il y a la moindre rupture, ce sera ingérable. Il n'y a aucune parade de secours et cela peut provoquer un problème de refroidissement du combustible et des risques de rejets radioactifs. Et puis cela signifie qu'à peine mis en service, l'EPR de Flamanville devrait être arrêté pour être rafistolé. Ce n'est pas acceptable.

 

Craignez-vous que l'Etat n'autorise malgré tout le démarrage de cette centrale fin 2018 comme prévu ?


Si l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) donnait son approbation, même sous conditions et en exigeant une surveillance accrue d'EDF, ce serait très grave car on piétinerait des principes de base de la sûreté nucléaire pour satisfaire à tout prix les intérêts d'EDF et d'Areva. Non seulement cela signifierait que le gendarme du nucléaire accepte que l'on rogne sur les marges de sûreté mais qu'il entérinerait les mauvaises pratiques d'Areva qui n'a pas forgé ce couvercle de cuve dans les règles de l'art et a tenté de le dissimuler. Les experts essayent de voir s'il y a des marges de sûreté sur lesquelles on peut gratter pour sauver le projet EPR. Mais cela pose la question de l'indépendance de l'ASN, qui est censée être intransigeante et se retrouve mise devant le fait accompli par les industriels.

 

 

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