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Revue de presse

Janvier 2017 / Huffington Post

Benoît Hamon, le candidat socialiste préféré des écologistes




Geoffroy Clavel 

En plaçant l'écologie au coeur de son programme, le candidat à la primaire de la gauche espère séduire au-delà de la sphère socialiste.


Affiches de campagne de Benoît Hamon, candidat à la primaire de la gauche

PRIMAIRE DE LA GAUCHE - Il n'est pas favori mais la dynamique est (pour l'heure) de son côté. En progression dans les intentions de vote comme dans les souhaits de victoire <http://www..lejdd.fr/Politique/Primaire-de-la-gauche-l-avance-de-Valls-se-reduit-838003> à deux semaines du premier tour de la primaire de la gauche , l'outsider Benoît Hamon impose peu à peu sa ligne sociale-écologique dans les débats. Face au challenger Arnaud Montebourg et au rouleau-compresseur Manuel Valls, l'éphémère ministre de l'Education assume la radicalité d'un programme tournant définitivement le dos à la croissance à tout prix, qui a pourtant toujours été la colonne vertébrale idéologique du Parti socialiste.
 
Revenu universel d'existence, semaine de 32 heures, sanctuarisation des biens communs (eau, air, terre et biodiversité) dans la Constitution, lutte contre les pesticides, taxes écolos aux frontières de l'Europe, remise en cause du seul critère du PIB, suppression progressive du diesel, VIe République... Le parti pris, longuement développé encore ce dimanche sur France Inter, est risqué mais trouve un écho particulièrement favorable chez les écologistes.
 
Car la conversion, récente, est aussi assumée et durable, promet-il. "J'ai été croyant — au sens où la croissance économique est devenue un culte —, mais je ne le suis plus", confie le député des Yvelines au site Reporterre <https://reporterre.net/Benoit-Hamon-On-aura-Marine-Le-Pen-si-la-gauche-ne-projette-pas-un-imaginaire> . "Je le dis et je le répète pour que tout le monde comprenne bien : je ne serai plus socialiste sans être écologiste. Je ne négocierai pas le bout de mon programme écolo", promet-il.
 
"On aimerait que tout le monde au PS pense comme Hamon"

"C'est un imaginaire politique qui correspond à celui que défend EELV depuis longtemps", résume le patron des Verts David Cormand. L'engouement est tel que d'anciens candidats à la primaire d'EELV, pourtant farouches défenseurs d'une candidature écolo autonome en 2017, n'hésitent pas à soutenir explicitement le candidat socialiste.
 
Compliments désintéressés ou peau de banane glissée sous les pieds du vainqueur de la primaire écolo Yannick Jadot ? Rompu aux jeux de croches-pattes internes qui ont fait la réputation d'EELV, l'eurodéputé n'est pas naïf. "Ceux qui ont colporté la rumeur que Jadot voulait se ranger derrière le PS <http://premium.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/10/20/25001-20161020ARTFIG00100-jadot-et-rivasi-excluent-tout-accord-d-eelv-avec-le-ps.php> pendant la primaire sont les mêmes qui laissent penser qu'il faudrait désormais se ranger derrière Hamon", tacle un soutien de l'ancien de Greenpeace. Cela n'empêche pas Yannick Jadot de saluer à son tour le positionnement "incontestablement" écologique du candidat Hamon.
 
Il faut dire que l'ancien ministre bénéficie de la comparaison avec ses principaux adversaires. "Les autres sont d'accord sur le nucléaire, le diesel, Notre-Dame-des-Landes... Donc les autres sont quand même terriblement dans le vieux monde, ce monde qui veut plutôt défendre et financer l'économie du passé plutôt que d'investir dans le nouveau monde, et construire des ruptures", résume le candidat d'EELV.
 
Homme du 49-3 <http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/05/manuel-valls-on-ma-impose-le-49-3/?utm_hp_ref=fr-manuel-valls> et de Notre-Dame-des-Landes, Manuel Valls est persona non grata chez les écologistes. Candidat surprise, Vincent Peillon interroge. Et rares sont les écolos convaincus par le virage d'Arnaud Montebourg, défenseur du gaz de schiste et de la filière nucléaire pendant le quinquennat. "On aimerait que tout le monde au PS pense comme Hamon. Montebourg, dès qu'il parle, on dirait qu'il fait un sketch", raille Alexis Braud, bras droit de Yannick Jadot. "Montebourg, c'est la vieille gauche socialiste teintée de souverainisme", renchérit David Cormand.
 
Pari gagnant pour la primaire ?

Perçu comme "sincère" par EELV, Benoît Hamon a fait de sa conversion un axe stratégique dans la primaire. "Sa candidature a été conçue comme un point de rassemblement de toutes les sensibilités de la gauche. Notre pari, c'est que la participation dépassera les seuls rangs de l'appareil socialiste", défend son porte-parole le député PS Régis Juanico.
 
Autre atout de la candidature Hamon saluée par les écologistes : une humilité affichée rompant avec la tradition hégémonique du PS et l'aggressivité de la campagne hors-parti de Jean-Luc Mélenchon. "L'attitude de Benoît Hamon change tout.. D'un côté, vous avez des excités autour d'un gourou qui vous traitent de minable, de l'autre vous avez un mec humble qui dit 'j'ai changé'", salue un cadre d'EELV.
 
Après un quinquennat marqué par la ligne sociale-libérale incarnée par Manuel Valls, le programme Hamon mise justement sur le social pour courtiser aussi la part de l'électorat communiste peu convaincue par Jean-Luc Mélenchon et qui pourrait se déplacer en nombre à la primaire. "Le centre de gravité de la véritable alternative de gauche, c'est Benoît Hamon. Si c'est bien tout le peuple de gauche qui vote à la primaire, il peut faire la surprise", pronostique le numéro un d'EELV David Cormand.
 
Problème : ce sursaut de participation n'a rien d'une évidence tant le scrutin est plombé par les mauvais sondages qui placent le vainqueur de la primaire (quel qu'il soit) derrière Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Et le vieil appareil socialiste n'a lui toujours pas fait sa mue anti-productiviste. Le hamoniste Régis Juanico se veut confiant : "les productivistes sont de moins en moins nombreux au PS. La loi sur la transition énergétique et la COP21 sont passés par là".
 
Parasitage ou recomposition politique en vue

En attendant, la "vibe" Hamon ne risque-t-elle pas de parasiter la campagne de Yannick Jadot ? Beaux joueurs, le candidat et ses soutiens bottent en touche tout en rappelant que le député des Yvelines est encore loin d'avoir gagné la primaire.

"Il ne faut pas raisonner en terme de parts de marché. Ce qui compte dans une élection, c'est la dynamique. Plus l'écologie est mise en avant, plus ceux qui tiennent un discours clair sur le sujet en bénéficieront", parie David Cormand pour qui "le pire serait qu'on ne parle pas du tout d'écologie à la présidentielle".

"Quand on est écolo, on ne peut que se féliciter que nos idées soient portées par le plus grand nombre", confirme Alexis Braud non sans pointer le décalage "irréconciliable" entre Benoît Hamon et ses concurrents. D'où les appels insistants adressés au député des Yvelines à rejoindre la campagne EELV en cas de défaite fin janvier. "Le véritable clivage se situe entre les productivistes et les non-productivistes. La recomposition politique qui s'annonce se fera là-dessus", prophétise Alexis Braud.
 
Reste qu'en cas de victoire de l'ancien ministre socialiste, la question de la pertinence de la candidature Jadot se posera. "Cela créerait une situation politique nouvelle dont nous devrons tenir compte. Même si cela ne présage en rien de ce que l'on fera. Dès lors que d'autres forces partagent nos idées, il ne faut pas confondre autonomie et isolement", avance prudemment David Cormand.
 
Du côté des hamonistes, même sens de la diplomatie. S'il l'emporte, le candidat jure qu'il tendra la main à tout le monde sans faire de sa candidature un préalable. "On ne veut pas brusquer ni forcer la main à personne. Nous construisons d'abord des ponts entre des personnes qui ne se parlent plus", indique Régis Juanico.. Chaque chose en son temps.
 

 

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Thèmes
Nucléaire et démocratie